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Points clés à retenir
- Le demi-traitement débute au 91e jour d’arrêt sur 12 mois glissants, pas à partir du 1er janvier.
- Depuis mars 2025, les 3 premiers mois de CMO sont rémunérés à 90 % au lieu de 100 %.
- Calculer soi-même son solde de jours suffit : avis d’arrêt des 12 derniers mois à additionner.
- Le temps partiel thérapeutique ne consomme pas les 90 jours du CMO — levier sous-utilisé.
- La prévoyance PSC obligatoire depuis 2022 peut compenser la perte si le contrat couvre le 91e jour.
Qu’est-ce que le demi-traitement et quand s’applique-t-il ?
La règle des 90 jours en congé maladie ordinaire (CMO)
Pour comprendre comment éviter le demi-traitement dans la fonction publique, il faut d’abord saisir le mécanisme qui le déclenche. En congé maladie ordinaire (CMO), un agent perçoit son traitement pendant les 90 premiers jours d’arrêt. À partir du 91e jour, ce traitement est divisé par deux. La règle s’applique aux titulaires comme aux contractuels en CDI.
Depuis le décret du 1er mars 2025, une subtilité s’est ajoutée : les trois premiers mois de CMO sont désormais rémunérés à 90 % du traitement brut, et non plus à 100 % comme auparavant. Un changement peu relayé, mais qui réduit le revenu dès le premier jour d’arrêt.
Le principe de l’année médicale glissante sur 12 mois
Le compteur ne repart pas à zéro au 1er janvier. Les droits à plein et demi-traitement se calculent sur une fenêtre glissante de 12 mois, en remontant à partir du premier jour de chaque arrêt. Un agent qui cumule 85 jours d’arrêt sur les 10 derniers mois ne dispose plus que de 5 jours à plein traitement.
C’est ce mécanisme qui surprend le plus. Beaucoup d’agents pensent « repartir à zéro » au fil des mois, alors que la fenêtre se déplace en continu.
Les seuils pour le CLM et le CLD
Le CMO n’est pas le seul cadre. En Congé de Longue Maladie (CLM), l’agent bénéficie d’1 an à plein traitement, puis de 2 ans à demi-traitement. Le Congé de Longue Durée (CLD) — réservé à cinq affections spécifiques. Offre 3 ans à plein traitement suivis de 2 ans à demi-traitement, soit 5 ans au total.
| Type de congé | Plein traitement | Demi-traitement | Durée totale |
|---|---|---|---|
| CMO | 90 jours | 270 jours | 12 mois (glissants) |
| CLM | 1 an | 2 ans | 3 ans |
| CLD | 3 ans | 2 ans | 5 ans |
Pourquoi le passage en demi-traitement est souvent une surprise
L’absence d’obligation d’information de l’employeur
On en parle peu, mais c’est souvent là que tout se joue : l’employeur public n’a aucune obligation légale de prévenir l’agent avant le basculement en demi-traitement. Pas de courrier d’alerte, pas de notification automatique. Le bulletin de paie du mois suivant arrive amputé, et c’est la première information concrète.
J’ai accompagné des équipes dans plusieurs collectivités territoriales : ce scénario revient systématiquement. L’agent découvre la situation sur son relevé bancaire, pas dans un courrier de son DRH.
Les arrêts discontinus qui accumulent silencieusement les jours
Un arrêt de 15 jours en janvier, 20 jours en mars, 30 jours en juin : 65 jours cumulés. L’agent n’a jamais été arrêté plus d’un mois d’affilée et ne se sent pas en danger. Pourtant, il ne lui reste que 25 jours à plein traitement sur la fenêtre glissante.
Les arrêts discontinus sont les plus traîtres. Chaque épisode court semble anodin pris isolément, mais ils s’additionnent sur la même période de 12 mois.
Les changements réglementaires de mars 2025
Le décret du 1er mars 2025 a modifié les règles sans grand bruit. Auparavant, les trois premiers mois de CMO étaient payés à 100 %. Ce taux est passé à 90 % dès le premier jour d’arrêt. Une baisse de 10 points qui réduit la marge financière d’emblée.
La vraie question n’est pas « comment » mais « pourquoi » cette réforme est passée si discrètement. Si vous avez été arrêté depuis le printemps 2025, vérifiez vos bulletins de paie : la différence peut être substantielle.
Anticiper grâce au suivi de son compteur de jours
Comment calculer soi-même son solde de jours à plein traitement
Concrètement, ça donne quoi en pratique ? Rassemblez tous vos avis d’arrêt des 12 derniers mois (ceux envoyés à la CPAM et à votre employeur). Additionnez le nombre de jours. Soustrayez ce total à 90. Le résultat : votre marge restante avant le demi-traitement.
Exemple simple : 40 jours cumulés → 50 jours à plein traitement restants. Si un arrêt de 60 jours survient, vous passerez en demi-traitement après les 50 premiers jours.
Les ressources disponibles auprès de la DRH ou du service RH
Votre service RH peut vous communiquer l’historique de vos absences maladie sur les 12 derniers mois. Vous avez le droit de demander cet état récapitulatif. C’est une démarche simple, souvent ignorée faute de savoir qu’elle est possible.
Certaines administrations et collectivités disposent d’un portail agent donnant accès direct à ces données. Si c’est votre cas, c’est votre outil de suivi le plus fiable.
Alertes à mettre en place en cas d’arrêts répétés
Si vous avez déjà dépassé 60 jours d’arrêt cumulés sur les 12 derniers mois, posez une alerte personnelle. Un simple tableau. Date de début, date de fin, durée. Suffit. Recalculez votre solde à chaque nouvel arrêt.
Ce que personne ne dit dans les livres de management ni dans les guides RH : la plupart des agents qui basculent en demi-traitement auraient pu l’anticiper avec 10 minutes de suivi mensuel.
Le temps partiel thérapeutique pour reprendre sans perdre ses droits
Conditions d’accès et démarches
Le temps partiel thérapeutique (TPT) permet de reprendre progressivement le travail sur prescription médicale, avec l’accord du médecin du travail et de l’employeur. Il s’adresse aux agents pour lesquels une reprise à temps plein immédiate présenterait un risque pour la santé.
La demande passe par le médecin traitant, qui établit un certificat médical. L’employeur transmet ensuite le dossier au comité médical ou à la commission de réforme selon la situation.
Rémunération pendant le temps partiel thérapeutique
C’est l’avantage principal du dispositif : pendant le TPT, l’agent perçoit son traitement à taux plein, quelle que soit la quotité de travail effectivement réalisée — 50 %, 60 % ou 80 %. Aucune réduction proportionnelle ne s’applique.
J’ai testé ça en vrai avec des équipes en collectivité, et voilà ce qui se passe : les agents qui optent pour le TPT évitent la chute de revenu et recouvrent plus vite leur pleine capacité de travail.
Impact sur le compteur de jours de maladie
Les jours de TPT ne s’imputent pas sur le quota de 90 jours du CMO. La période est décomptée séparément. Choisir le TPT plutôt que de prolonger un arrêt total préserve donc votre capital pour d’éventuels futurs arrêts.
C’est la stratégie combinée la plus sous-utilisée dans la fonction publique : coupler TPT et prévoyance pour assurer un retour progressif sans perte de revenu ni consommation de droits.
La prévoyance et la mutuelle : le filet de sécurité financier
La Protection Sociale Complémentaire (PSC) depuis 2022
Depuis le 1er janvier 2022, les employeurs publics ont l’obligation de participer au financement d’une Protection Sociale Complémentaire (PSC) pour leurs agents. Cette réforme vise à combler les pertes de revenu en cas de longue maladie, dont le demi-traitement.
Si votre employeur a négocié un contrat collectif, votre cotisation est partiellement prise en charge. Renseignez-vous auprès de votre DRH pour savoir quelles garanties sont incluses. Beaucoup d’agents ne le font jamais.
Ce que couvre une assurance maintien de salaire
Une prévoyance avec garantie « maintien de salaire » compense la perte liée au passage en demi-traitement. Elle verse une indemnité qui, additionnée au demi-traitement, vous rapproche de votre revenu habituel.
Vérifiez le délai de carence de votre contrat : la bonne configuration est un déclenchement à partir du 91e jour d’arrêt, là où commence précisément le demi-traitement. Un contrat qui se déclenche au 8e ou 15e jour est moins utile pour ce risque spécifique.
Plafonds et montants à connaître pour évaluer son besoin de couverture
Sans prévoyance, les indemnités journalières de la Sécurité sociale plafonnent à 47,65 € par jour dans le cas général — ou 63,53 € pour les assurés avec trois enfants à charge après le 31e jour. Depuis le 1er avril 2025, ce plafond est calculé à partir de 1,4 fois le SMIC, soit 2 522,57 € bruts mensuels.
Pour un agent au traitement de 2 800 € bruts, ces montants ne couvrent pas la moitié de la perte. La prévoyance complémentaire n’est pas un confort, c’est une nécessité.
Si vous n’avez pas encore souscrit à un contrat de prévoyance individuel ou collectif, c’est la première démarche concrète à faire. Avant d’atteindre le seuil des 60 jours d’arrêt.
Reclassement et disponibilité pour raison de santé : quand y penser ?
Le reclassement pour inaptitude physique
Quand l’état de santé d’un agent ne lui permet plus d’exercer ses fonctions, l’employeur est tenu de rechercher un poste compatible avec ses capacités physiques. Cette procédure s’enclenche après avis du médecin du travail et, selon les cas, de la commission de réforme.
Le reclassement est souvent perçu comme une option de dernier recours. C’est une erreur. L’anticiper dès que l’inaptitude partielle se dessine évite d’épuiser tous ses droits à congé avant d’agir.
La disponibilité pour raison de santé et ses indemnités
Quand un agent a épuisé ses droits à congé maladie, il peut être placé en disponibilité pour raison de santé, pour une durée maximale d’un an renouvelable, dans la limite de 3 ans. Il perd son traitement, mais peut toucher des allocations chômage sous certaines conditions.
C’est le filet de dernier recours. L’objectif est de ne jamais y parvenir sans avoir préparé une solution en parallèle. Prévoyance active, TPT, ou reclassement anticipé.
Les droits en cas de maladie professionnelle ou d’accident de service
En cas de maladie professionnelle reconnue ou d’accident de service, les règles du demi-traitement ne s’appliquent pas. L’agent perçoit son traitement à taux plein pendant toute la durée de l’arrêt lié à cet événement. C’est une protection majeure, mais elle suppose que le lien avec le service soit officiellement reconnu.
Si vous pensez que votre arrêt est lié à vos conditions de travail, déclarez-le dès les premiers jours. Le délai de déclaration peut avoir des conséquences directes sur la prise en charge.
Questions fréquentes des agents sur le demi-traitement
À partir de combien de jours d’arrêt bascule-t-on en demi-traitement ?
En CMO, le basculement intervient après 90 jours cumulés sur une fenêtre glissante de 12 mois. Ces jours n’ont pas besoin d’être consécutifs : des arrêts courts et répétés s’additionnent sur la même période.
Est-ce que les arrêts maladie discontinus comptent pour le demi-traitement ?
Oui. Tous les arrêts sur les 12 mois glissants précédant un nouvel arrêt sont additionnés. Un arrêt de 10 jours en février et un de 20 jours en mai comptent pour 30 jours dans le décompte total.
Mon employeur est-il obligé de me prévenir avant le passage en demi-traitement ?
Non. Aucune obligation légale n’existe. Certains employeurs envoient un courrier par bonne pratique, mais ce n’est pas systématique. Le suivi personnel du compteur de jours est la seule garantie d’être informé à temps.
Le temps partiel thérapeutique empêche-t-il le passage en demi-traitement ?
Le TPT ne neutralise pas les jours déjà comptabilisés. En revanche, les jours de TPT ne s’imputent pas sur le quota de 90 jours du CMO. C’est un outil de préservation des droits futurs, pas un effacement du passé.
La mutuelle ou la prévoyance peut-elle compenser la perte liée au demi-traitement ?
Oui, si le contrat inclut une garantie « maintien de salaire » déclenchée à partir du 91e jour. La PSC mise en place depuis 2022 peut couvrir tout ou partie de cette perte. Vérifiez les conditions générales : délai de carence et plafond de remboursement sont les deux points critiques.
Qu’est-ce que l’indemnité différentielle et qui y a droit ?
L’indemnité différentielle complète le demi-traitement pour garantir un revenu minimal. Elle s’applique dans certains cas où le traitement brut est inférieur à un seuil réglementaire. Les conditions varient selon la fonction publique d’appartenance — État, territoriale ou hospitalière. Renseignez-vous auprès de votre service RH pour savoir si vous y êtes éligible.
Un accident de service ou une maladie professionnelle protège-t-il du demi-traitement ?
Oui. En cas d’accident de service reconnu ou de maladie professionnelle imputable au service, l’agent maintient son traitement à taux plein pendant toute la durée de l’arrêt lié à cet événement. Les règles du CMO ne s’appliquent pas dans ces situations.
Comment fonctionne la disponibilité pour raison de santé si j’épuise mes droits à congé maladie ?
Une fois les droits à congé maladie épuisés, l’agent peut être placé en disponibilité pour raison de santé pour un an renouvelable, dans la limite de 3 ans. Il perd son traitement mais peut, sous conditions, percevoir des allocations chômage. Savoir comment éviter le demi-traitement dans la fonction publique, c’est précisément agir avant d’en arriver là : prévoyance, temps partiel thérapeutique et reclassement anticipé sont les trois leviers à activer sans attendre.

